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16
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Alexia Renard (Université de Montréal) – Le véganisme comme mouvement social : une approche par l’analyse de réseau @ Centre de recherche en éthique (CRÉ)
Jan 16 @ 10:30 – 12:00

Alexia Renard (Université de Montréal) – Le véganisme comme mouvement social : une approche par l’analyse de réseau

Résumé

La communication présentera les résultats d’une recherche de terrain menée en 2019, au Québec, sur le mouvement végane. Alors que certains qualifient le véganisme de mouvement lifestyle, orienté vers le changement culturel et individuel – tandis que les mouvements « conventionnels » viseraient le changement social (Haenfler, Johnson, et Jones 2012), d’autres s’opposent à une dichotomie jugée artificielle et proposent une définition du véganisme comme engagement politique pour les droits des animaux (Véron 2016). Qu’en est-il au Québec ?

Selon Mario Diani, les mouvements sociaux se caractérisent par des réseaux d’interaction informels entre une pluralité d’individus, de groupes et d’organisations, liées par une identité collective et engagées dans un conflit politique ou culturel (Diani 1992). Partant de cette définition, ma recherche s’est d’abord intéressée à la structure globale des acteurs collectifs québécois (organismes de charité, grassroot groups, etc.). J’ai, dans un second temps, analysé l’identité collective du mouvement, qui repose sur une revendication centrale – plus ou moins frontalement énoncée : l’abolition de l’exploitation animale.

Les résultats montrent que le véganisme constitue un mouvement social, selon la définition proposée par Diani. Sur le plan organisationnel, le mouvement québécois présente une structure éclatée, peu hiérarchisée, qui s’incarne dans des actions diverses dont la cible est autant la culture dominante que l’arène juridique et, moins souvent, la sphère politique. Toutefois, le mouvement est quasiment absent de l’arène politique conventionnelle : la question du conflit politique est donc encore ouverte, nous amenant à nous réinterroger sur la dichotomie entre mouvement culturel et mouvement social.

Biographie

Alexia Renard est candidate au doctorat en science politique à l’Université de Montréal, sous la direction de Pascale Dufour. Elle prépare une thèse sur le mouvement pour les droits des animaux, en perspective comparée France/Québec. Son mémoire de maîtrise, portant sur le mouvement végane au Québec, a obtenu la mention « exceptionnel » et a été jugé comme étant « une contribution majeure ».

May
14
Thu
Colloque international CRÉ/GRÉEA – Le spécisme et autres discriminations | Speciesism and other discriminations
May 14 @ 09:00 – May 15 @ 17:00

(English will follow)

Description de l’événement

Les notions et les phénomènes relatifs au racisme et au sexisme ont bénéficié d’une attention privilégiée en philosophie morale et politique. De nombreux travaux ont été consacrés à leur analyse conceptuelle et à la recherche de solutions aux problèmes de justice que les préjugés, la discrimination et l’oppression raciale et/ou genrée peuvent soulever en théorie et en pratique. Plus récemment, des chercheur.se.s ont élargi ces débats aux questions posées par le capacitisme. Les tenant.e.s de la théorie critique du handicap, par exemple, ont fait beaucoup pour modifier la conception dominante de la normalité qui stigmatise les personnes en situation de handicap en les présentant comme inférieures, d’une manière ou d’une autre, aux personnes valides. Dans le même ordre d’idées, des auteur.rice.s dénoncent le spécisme, qu’ils et elles identifient, par analogie avec le racisme, le sexisme ou le capacitisme, à une forme de discrimination, de préjugés ou de mépris à l’égard de certains individus; en l’occurrence, ceux qui n’appartiennent pas à certaines espèces animales (l’espèce humaine principalement) ou qui ne possèdent pas l’une ou l’autre des propriétés associées aux espèces privilégiées (les capacités cognitives sophistiquées, le plus souvent).

Dans le cadre de ce colloque, nous nous intéresserons au spécisme et à la manière dont il se compare au racisme, au sexisme et au capacitisme. Nous chercherons à mieux comprendre les phénomènes tels que la discrimination, l’oppression, la domination et la partialité à travers le recoupement des différentes formes qu’ils peuvent prendre, dans l’espoir de découvrir, peut-être, de nouvelles pistes dans les luttes menées contre ces injustices.

Jeudi 14 mai 2020 

9h00 – 12h30

Panel #1 – DISCRIMINATION, OPPRESSION ET INTERSECTIONALITÉ

Coorganisatrices: Kristin Voigt et Natalie Stoljar

Bien que les définitions précises du spécisme, du racisme, du capacitisme, etc. soient controversées, elles présentent souvent ces phénomènes comme des formes d’oppression et des indicateurs d’inégalités et d’injustices structurelles. Cette table ronde cherchera à faire avancer le débat en explorant un certain nombre de questions conceptuelles sur l’oppression, l’injustice structurelle et la discrimination, et les liens qui existent entre elles.

Parmi les questions qui pourraient être abordées, mentionnons les suivantes :

  • Qu’est-ce que l’oppression ? Existe-t-il une caractéristique fondamentale de l’oppression qui se retrouve dans toutes les formes qu’elle peut prendre, par exemple celle qui se fonde sur le sexe, l’appartenance à une espèce, la race ou la situation de handicap ?

  • Certains types d’oppression – comme l’oppression épistémique ou l’oppression intériorisée – sont-ils également pertinents pour chacun de ces différents types d’oppression ?

  • Quels sont les devoirs créés par l’oppression et l’inégalité structurelle, et à qui incombent ces devoirs (par exemple aux victimes, spectateurs, bénéficiaires, etc.) ?

  • Quelle est la relation entre l’oppression et d’autres concepts apparentés, tels que la discrimination et l’injustice structurelle ?

  • Comment l’oppression et l’inégalité structurelle façonnent-elles la perception que les individus ont d’eux-mêmes et des autres, ainsi que les discours publics ? Étant donné les effets persistants et préjudiciables de l’oppression sur les individus, quels sont les outils disponibles pour y remédier ?

13h30 – 17H00

Panel #2 – LE SPÉCISME ET LE RACISME

Coorganisateurs : Luc Faucher et François Jaquet

À l’origine, le spécisme a évidemment été défini par analogie avec le racisme : tandis que les racistes discriminent en fonction de la race, les spécistes discriminent en fonction de l’espèce. Mais l’analogie ne s’arrête pas là. Selon ses opposants, le spécisme est injuste pour la même raison qui rend le racisme injuste. Leur argument est simple : le racisme est injuste parce qu’il implique un traitement différentiel en l’absence d’une différence moralement pertinente ; or le spécisme en fait autant ; donc, le spécisme est lui aussi injuste.

Cette analogie entre le spécisme et le racisme constitue bien sûr un sujet sensible. Pendant la plus grande partie de l’histoire humaine, on trouvait acceptable de comparer les « groupes racisés » aux animaux. Que ce ne soit plus le cas est bien sûr un signe de progrès moral. Mais cela révèle aussi le chemin qui reste à parcourir : un jour peut-être le terme « animal » ne sera-t-il plus utilisé comme une insulte.

Dans ce contexte critique, quels parallèles peut-on légitimement établir entre le spécisme et le racisme – quelles sont les perspectives et les limites de cette analogie ? Et quels ponts construire entre l’étude philosophique et scientifique de ces deux formes de discrimination ? Ce panel se fixe pour objectif d’aborder ces questions.

Vendredi 15 mai 2020

9h00-12h30

Panel #3 – LE SPÉCISME ET LE SEXISME

Coorganisatrices: Naïma Hamrouni et Hannah Carnegy-Arbuthnott

Nombre de femmes historiquement engagées dans la lutte pour les droits des femmes étaient par ailleurs impliquées au sein d’organismes de protection des animaux. Certaines néanmoins – pensons à Andrea Dworkin qui arborait le slogan “Nous ne sommes pas des animaux” lors d’une manifestation contre la pornographie – ont supposé que la meilleure manière de combattre la subordination des femmes était de dénoncer leur déshumanisation et leur animalisation en revendiquant leur appartenance au groupe dominant constitué des êtres humains, par opposition aux autres animaux. Or, plusieurs (éco)féministes s’opposent précisément aux stratégies d’émancipation qui sont employées au détriment d’autres groupes d’individus marginalisés et vulnérables. C’est ce qui les amène à critiquer les rapprochements faits entre les femmes et les animaux dans la publicité qui vise à dénoncer le sexisme, parce qu’ils laissent entendre que des pratiques oppressives ne soulèvent un problème moral que lorsqu’elles concernent des femmes, mais non des animaux non humains. Elles s’opposent aussi, à l’inverse, aux campagnes antispécistes misant sur l’instrumentalisation du corps des femmes (comme certaines campagnes de sensibilisation au sort des animaux déployées par l’organisme Peta), qui semblent nuire au féminisme. On pense qu’il est plus juste et qu’il sera sans doute plus efficace de mener ces luttes contre les privilèges injustes de manière convergente et solidaire.

Dans ce panel, seront notamment explorés les rapprochements souvent faits entre les femmes et les animaux non humains par la mise en avant de dualités (mâle/femelle; raison/émotion; dépendance/autonomie; instinct et intuition/liberté; nature/culture; vulnérabilité/pouvoir; vie biologique/vie biographique; etc.), par le recours à certains actes de langage (compliments ou insultes animalistes genrés) ou par des pratiques de contrôle du corps ou des fonctions sociales (reproduction, sphère domestique, servir, soigner, etc.).

13h30-17h00

Panel #4 – LE SPÉCISME ET LE CAPACITISME

Coorganisateur.rice : Jonas-Sébastien Beaudry et Valéry Giroux

Le capacitisme et le spécisme désignent tous deux des oppressions consistant à inférioriser les individus dépourvus des capacités physiques et mentales que possèdent ceux qui sont considérés comme les véritables sujets moraux, politiques et légaux : les êtres humains neurotypiques n’ayant aucun handicap physique. Le capacitisme vise les êtres humains dont le corps ou l’esprit s’éloigne de la norme alors que le spécisme cible les animaux non humains parce qu’on les considère comme dépourvus de certaines capacités cognitives sophistiquées typiquement associées à l’humanité.

À première vue, ces deux types de discriminations semblent avoir plusieurs points en commun et leur théorisation pourrait, l’une par l’autre, être éclairée. On pourrait même comprendre le spécisme comme une forme de capacité. Cependant, les chercheur.se.s en théorie du handicap et ceux.lles qui travaillent en éthique animale ne conçoivent pas toujours l’oppression de la même façon et se sont même parfois affrontés. Par exemple, certains théoriciens du handicap pensent qu’établir des parallèles entre les animaux non humains et les personnes handicapées pourrait dénigrer le statut d’êtres humains vulnérables plutôt que d’élever celui des animaux non humains.

Ce panel réunit des expert.e.s qui s’intéressent à cette tension et cherchent à trouver des solutions pour la surmonter et penser les deux champs d’études de manières compatibles et complémentaires.

***

Description of the event

Notions and phenomena relating to racism and sexism have received special attention in moral and political philosophy. Much work has been devoted to the conceptual analysis of these concepts and to finding solutions to the problems of justice that prejudice, discrimination and racial and/or gender oppression may raise in theory and practice. More recently, researchers have extended these debates to include questions about ableism. Critical disability theory theorists, for example, have done much to change the dominant conception of normality that stigmatizes people with disabilities by presenting them as inferior, in one way or another, to able-bodied people. In the same vein, authors denounce speciesism, which they identify, by analogy with racism, sexism or ableism, as a form of discrimination, prejudice or disrespect towards certain individuals; in this case, those who do not belong to certain animal species (mainly the Homo sapien one) or who do not possess the properties associated with the privileged species (sophisticated cognitive abilities, most often).

In this conference, we will focus on speciesism and how it compares to racism, sexism and ableism. We will seek to better understand phenomena such as discrimination, oppression, domination and bias through the intersection of the different forms they can take, in the hope of discovering, perhaps, new avenues in the fight against these injustices.

May 14th

9:00 – 12:30 am

Panel #1 – DISCRIMINATION, OPPRESSION & INTERSECTIONALITY

Co-organizers: Kristin Voigt and Natalie Stoljar

While the precise definitions of speciesism, racism, ableism, etc. are contentious, they are often considered forms of oppression and as indicators of structural inequality and injustice. This panel will seek to advance the debate by exploring a number of conceptual questions about oppression, structural injustice and discrimination, and the connections between them.

Possible questions to be addressed include:

  • What is oppression? Is there a core feature of oppression that is consistent across different kinds of oppression, e.g. based on gender, species membership, race, or disability status?

  • Are specific kinds of oppression — such as epistemic oppression or internalised oppression — equally relevant for these different kinds of oppression?

  • Which duties do oppression and structural inequality create, and on whom do such duties fall (e.g. on victims, bystanders, beneficiaries, etc.)?

  • What is the relationship between oppression and other cognate concepts, such as discrimination and structural injustice?

  • How do oppression and structural inequality shape individuals’ perceptions of themselves and others, as well as public discourses? Given the persistent and damaging effects that oppression has on individuals, which tools are available for addressing it?

1:30 – 5:00 pm

Panel #2 – SPECIESISM AND RACISM

Co-organizers: Luc Faucher and François Jaquet

Rather obviously, speciesism was originally defined by analogy with racism: while racists discriminate on the basis of race, speciesists discriminate on the basis of species. But there is more. According to its opponents, speciesism is wrong precisely for the same reason that makes racism wrong. Their argument is straightforward: racism is wrong because it involves differential treatment in the absence of a morally relevant difference; but so does speciesism; hence, speciesism is wrong too.

This analogy between speciesism and racism is of course a sensitive matter. For most of human history, it was considered acceptable to compare “racialized groups” to animals. That this is no longer the case is of course a sign of moral progress. But it also reveals the road that lies ahead of us: maybe one day “animal” will no longer be used as an insult.

In this critical context, what parallels can legitimately be drawn between speciesism and racism—what are the prospects and limits of this analogy? And what bridges can be built between the philosophical and scientific investigation of these two forms of discrimination? It is the aim of this panel to address such questions.

May 15th

9:00 – 12:30 am

Panel #3 – SPECIESISM AND SEXISM

Co-organizers: Naïma Hamrouni et Hannah Carnegy-Arbuthnott

Many women historically involved in the struggle for women’s rights were also involved in animal welfare organizations. However, some feminists – such as Andrea Dworkin, who displayed the slogan “We are not animals” during a demonstration against pornography – assumed that the best way to combat women’s subordination was to denounce their dehumanization and animalization by claiming their membership in the dominant group of human beings, as opposed to other animals. Yet, many (eco)feminists are precisely opposed to emancipation strategies that are employed at the expense of other marginalized and vulnerable groups of individuals. This leads them to criticize the connections made between women and animals in advertising aimed at denouncing sexism, because they suggest that oppressive practices only raise a moral problem when they concern women, but not non-human animals. On the other hand, they criticize anti-speciesist campaigns that focus on the instrumentalization of women’s bodies (such as some of PETA’s animal awareness campaigns), which seem to undermine feminism. It is believed that it is more just and that it will undoubtedly be more effective to conduct these struggles against unfair privileges in a convergent, mutually reinforcing and united manner.

In this panel, the connections often made between women and non-human animals will be explored, in particular those made by highlighting dualities (male/female; reason/emotion; dependency/autonomy; instinct and intuition/freedom; nature/culture; vulnerability/power; biological life/biographical life; etc.), by using certain acts of language (gendered compliments or insults relating to animals) or by practices of control of woman’s body or social functions (reproduction, domestic sphere, service, healing, etc.).

1:30 – 5:00 pm

Panel # 3 – SPECIESISM AND ABLEISM

Co-organizers: Jonas-Sébastien Beaudry and Valéry Giroux

Ableism and speciesism are two kinds of oppressive outlooks that belittle beings fallen short of the central case of a “full” moral, political and legal subject: an able-bodied and neurotypical human being. Ableism targets human beings whose bodies or mind differ from the norm, and speciesism targets non-human animals mostly because they are considered deprived of some sophisticated cognitive capacities typically associated with humanity.

At first sight, these two kinds of discriminatory outlook seem to have important commonalities, and their theorization could be informed by each other. Some could even conceive speciesism as a form of ableism. However, disability theorists and animal ethicists have not always seen eye to eye on issues of oppression and, indeed, have sometimes clashed. For instance, some disability theorists have suggested that drawing parallels between animals and disabled people may denigrate the status of vulnerable humans rather than elevate that of animals.

This panel brings together experts who would challenge this ongoing tension and seek to emphasize and learn from similarities between these two areas of study.